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01/09/2015



« Je les connais moi les intellectuels de ton genre. Les petits bourgeois qui veulent changer le monde. Qui croient rendre tout le monde beau, tout le monde gentil. Que tout peut se résoudre grâce à eux, leurs beaux discours et leurs romans dont tout le monde se fout. Ils pensent pouvoir tout révolutionner. Ils oublient juste une chose: Ce monde qu'ils veulent tant changer, ils n'en font pas partie »

 
Ne cherchez pas de morale à cette histoire, vous n'en trouverez pas. 
*

*
musique.


*
*
Correction par @_scorched et @namelessmeloow
Cette histoire est le point de vue d'Harry Styles, un personnage fictif à une époque donnée. Elle ne reflète pas mes idées.

© Par propriété exclusive de l'auteur, la copie et les utilisations partielles ou totales de son travail sont interdites; conformément aux articles L.1111 et L.123-1 du code de la propriété intellectuelle. Tous Droits Réservés.

Prologue 01/10/2015

« Hey angel, tell me, do you ever try 
to come to the other side ? »
.
..


 
                 Je tressaute à cause du métro. Comme d'habitude, la rame est bruyante. Les gens parlent, les gens crient et moi je réfléchis à tout ça. À ma présence dans ce métro. À si c'est réellement une bonne idée d'aller dans l'un des pires quartiers de Chicago à une heure pareille... J'attrape mon cahier de recherche et je relis les quelques notes que j'ai fait sur le sujet. Elles ne font que trois lignes. C'est juste quelques dates. Je préfère voir le reste des informations sur le terrain, comme un vrai étudiant de sociologie. Et puis c'est la politique du département de l'université : Lâcher les livres pour aller directement sur les terrains d'enquête. Donc ça m'arrange bien.
 
Le métro s'arrête brutalement. Mon arrêt est au prochain. Je fixe le journal de l'homme d'en face. 1er octobre 1978 ... et toujours autant de chômage. Depuis que les abattoirs ont fermé leurs portes il y a dix ans pour aller à Kensas City, il n'y a plus que ça : des pauvres. Je relève mon regard vers l'homme. Il a une moustache et de grosses lunettes noires. Je crois qu'il est le cliché du quartier alors quand il me sourit, je baisse automatiquement les yeux. Je n'ai rien contre eux, les hommes qui aiment les autres hommes mais j'avoue que ça me rend mal à l'aise. Ça me stresse un peu. Le métro repart et je me remets à réfléchir à pourquoi j'ai choisi ce sujet, pourquoi je n'ai pas été fichu d'en prendre un bien chiant comme ma s½ur Gemma sur la condition des femmes salariées par exemple. Je me demande pourquoi je cherche toujours à me compliquer la vie.
 
Et la réponse me vient automatiquement : On ne devient pas quelqu'un en restant chez soi. On devient quelqu'un quand on se surpasse.
 
Le métro s'arrête une nouvelle fois et je dois avoir une micro-hésitation quand j'observe le nom de l'arrêt écrit à travers la fenêtre. Mais je me lève et je sors de la rame. L'homme du journal descend lui aussi et ça ne me surprend absolument pas. Je sens son regard derrière moi et j'ai envie qu'il parte parce que ça me stresse. Alors j'avance sans me retourner jusqu'à la sortie du métro. L'air est frais et le ciel sombre. Rien d'anormal jusqu'ici. Rien de différent de mon quartier de friqués. À la différence près que la plupart des hommes ici sont des femmes. Habillées de robe courtes, maquillées de rouge à lèvres voyants et parfumées comme des jeunes filles en fleurs. Je mets ma main dans ma poche et j'observe le quartier. C'est la première fois que je vais dans Lake View et encore plus particulièrement dans Boystown. C'est la première fois que je vais dans un quartier gay. Dans LE quartier gay même, parce que c'est un peu ici que tout à commencé d'ailleurs ... Ces histoires de liberté sexuelle. Alors je souffle et je me répète que j'ai fait le bon choix. Je fais un pas en avant. Il n'y a que comme ça qu'on devient sociologue. J'avance vers le premier bar que je vois et je sens pleins de regards se poser sur moi. Peut-être qu'on se demande ce qu'une personne comme moi fout là aussi tard.
 
Et c'est vrai que je pourrais me le demander moi aussi mais... Y'a qu'en sortant de chez soi qu'on peut prétendre devenir quelqu'un. Et une chose est sûre, je suis loin d'être chez moi ici.




 

Tags : #SomeoneFic

Chapitre 1 01/09/2015

« Do you ever get the fear that you can't shift the tide ? »
 
 
        Septembre 1978.
 
Premier jour en tant qu'étudiant de Chicago. C'est à la limite si je ne suis pas nerveux. J'observe du coin de l'½il Gemma, ma s½ur. Comme on a eu la "chance" d'hériter de la même date de naissance, on se retrouve dans la même classe. Et l'idée ne réjouit aucun d'entre nous vu qu'on se déteste. On n'a absolument rien en commun. Gentille avec nos parents, aimable avec les inconnus, la tête toujours dans un livre... La fille modèle par excellence. Moi je suis le frère jumeau. Juste son frère. Celui qui ne veut pas reprendre l'entreprise de son père, mais qui ne sait pas non plus ce qu'il veut faire. Ecrire des livres probablement.
 
J'écris la date sur mon cahier de recherche.
3 septembre 1978.
 
Pour l'instant, je ne connais personne mais le gars qui est assis à côté de moi me semble plutôt sympathique. D'après ce qu'indique sa règle, son crayon bleu, sa trousse et l'étiquette de sa veste en velours, il s'appelle Liam Payne. Et je me demande pourquoi il écrit encore son nom sur ses affaires alors qu'il doit avoir 21 ans, tout comme moi. Mais je me passe de lui poser la question.

Le professeur entre dans la classe et on se lève tous pour l'accueillir. Il semble nous sourire et nous demande de nous rasseoir. Monsieur Miller est professeur ici depuis seulement deux ans. C'est un fan de Parks et il a fait sa thèse sur les jeunes criminels irlandais. C'est Gemma qui nous a expliqué ça à table. Elle fait des recherches à la bibliothèque sur tous nos professeurs. D'habitude, ça a le don de m'agacer, qu'elle ait le besoin de tout chercher dans les livres, mais cette fois-ci non. Parce que d'après ce qu'elle m'a dit, j'ai directement apprécié ce professeur. Écrire sur les jeunes criminels, se heurter aux belles normes de la société, essayer de redonner de la légitimité à ces gens. Je trouve ça magique et c'est pour ça que j'ai choisi cette filière. Je veux briser des murs moi aussi.
 
_Bonjour à tous et bienvenue à tous dans cette classe de recherche. Je m'appelle monsieur Miller.
 
Le professeur écrit son nom sur le grand tableau noir à la craie et je vois toutes les têtes devant moi se baisser sur leur cahier pour recopier son prénom. Il se retourne vers nous, un énorme sourire aux lèvres.
 
_Alors tout d'abord, pourquoi la sociologie ? Il nous demande.
_Pour comprendre, répond automatiquement Gemma.
 
Et j'ai envie de lever les yeux au ciel pour avoir dans ma famille une s½ur aussi clichée.
 
_Votre nom ?
_Gemma Styles, répond automatiquement ma s½ur.
_Et que cherchez-vous à comprendre Gemma ? La pousse le professeur.
_La vie. Les hommes. Chicago. Pourquoi nous on est là dans une salle de classe alors que les autres sont dehors.
_Et vous pensez que vous arriverez à répondre à cette question à la fin de votre master ?
_Je l'espère, oui.
 
Le professeur lui sourit, probablement content d'avoir eu ce genre de réponse et il reporte son attention sur le reste de la classe.
 
_C'est une bonne réponse. Et j'en ai une autre pour vous: comment faisons-nous pour comprendre le monde ?
 
Les Etats-Unis et l'URSS qui s'affrontent en Afrique, les soviétiques qui s'imposent en Afghanistan, nos soldats qui ne se sont jamais remis du Vietnam, notre population qui n'a plus d'argent car plus de boulot. Je crois que la vraie question est plutôt est-ce qu'il y a vraiment quelque chose à comprendre dans tout ça ?
Malheureusement, moi, je n'en ai pas l'impression.
 
_Il faut l'étudier monsieur, propose un jeune blond au premier rang.
_Et comment ? Lui demande le professeur.
 
On reste tous silencieux, il ajoute:
 
_La réponse n'est pas dans les livres, je vous préviens tout de suite.
 
Et je vois Gemma qui baisse la main alors ça me fait sourire. Parce que pour une fois, son côté petite fille modèle n'est pas compatible avec ça. Je relève le regard et je vois que le professeur me fixe. Je deviens légèrement nerveux alors il me sourit pour me rassurer.
 
_Comment vous appelez-vous ?
_Harry Styles.
_Vous êtes frère et s½ur ? me demande-t-il en désignant Gemma du doigt.
 
On hoche tous les deux la tête même si on préférait dire non.
 
_Je vois que la sociologie ça se fait en famille pour certains, plaisante-il. Alors qu'est-ce que vous en pensez ? Comment vous étudiez le monde vous ? Il me demande.
 
Je me bloque un peu parce que c'est une question compliquée. Alors je réfléchis quelques secondes avant de sortir la chose qui me semble la plus évidente :
 
_En le regardant.
_Non, en l'écoutant monsieur et c'est là toute la différence. Quand on regarde le monde, on le voit avec ses yeux, quand on l'écoute on le voit avec les mots de son interlocuteur. Et c'est ça que vous allez devoir apprendre cette année.
 
Et je ne peux pas m'empêcher de sourire parce que ça me plaît ce qu'il raconte.
 
_Alors voilà, vous êtes tous ici donc je suppose que vous connaissez déjà tous Parks et son célèbre discours qui conseillait d'aller sur le terrain pour salir vos pantalons en faisant de la vraie recherche. Et dans cette classe, le principe sera le même. Je veux que vous alliez sur le terrain. Je veux que vous vous insériez dans un milieu. Dans un milieu méconnu de préférence. Que vous innoviez. Que vous me surpreniez et surtout que vous vous surpreniez vous même. Servez vous de vos atouts et de votre particularité physique pour vous faire accepter sur votre terrain. Impliquez-vous. Mais surtout oui, écoutez le monde.
 
On échange un regard avec Gemma. Parce que son conseil nous parait plutôt simple mais aucun de nous deux ne réalise à quel point on va avoir du mal à le suivre.
 
*
 
         Septembre 1978.
 
Je me sers du riz et tends le plat à Gemma. La table est silencieuse comme toujours. C'est mon père qui distribue la parole chez nous, comme ça il est toujours sûr d'apprécier les sujets de conversation. On ne parle jamais du déménagement, de nos vies en Californie qui nous manque, du fait que ni Gemma, ni moi n'avons jamais ramené quelqu'un à la maison, de nos études pas très intéressantes selon mon père. On parle toujours de son travail, de la politique du pays, de littérature et d'histoire. Que des sujets très intéressants mais jamais foncièrement en rapport avec nos vies. Et c'est probablement ça qu'il manque dans notre famille, dire « nos vies» et jamais « notre vie » parce que même ça on ne l'a pas en commun. Mon père ne pense qu'à son boulot, ma mère qu'à être la parfaite ménagère et Gemma et moi on essaye d'échapper à ça comme on peut. Chacun de notre côté parce qu'il n'y a pas non plus d'ensemble entre nous. Il n'y a vraiment aucune union dans ma famille. Alors même le mot famille, au fond, il ne correspond pas.
 
_Donc comment s'est passé votre journée ?
_Bien, je réponds vaguement.
_Les cours, ça se passe bien ?
 
Et je sais que c'est à moi qu'il pose la question parce qu'il sait très bien que pour Gemma tout doit bien se passer. C'est elle la tête de la famille, c'est elle qui réussi les études. Moi je suis juste le mec de derrière. Le mec moins bon. Sur lequel on s'attarde le moins quand on vente ses enfants. Et aussi parce que Gemma a toujours su qu'elle voulait faire sociologie, parce qu'elle s'est trouvée dans le féminisme une raison d'exister. Moi c'était plus par défaut à la base. Et puis l'idée d'essayer d'étudier les gens qui nous entourent m'a plu après mûre réflexion.
 
_Oui, ça va. C'est intéressant. On doit trouver un sujet de recherche.
_Tu as des idées ?
_Je ne sais pas trop encore. Il faut quelque chose d'originale. Mais un milieu dans lequel on peut bien s'intégrer.
_Tu pourrais faire sur les enfants de patrons.
 
Je lui souris pour être gentil mais surtout pour lui cacher que le sujet me dégoûte plus que tout. Je n'ai pas envie de travailler sur des gens qui me ressemblent. Je n'ai pas fait sociologie pour rester dans mon milieu. Et puis essayer de comprendre des gens qui n'ont pas plus de problèmes que les miens, ça me semble bien ennuyant comme idée.
 
_Je pensais plus à quelque chose... de mal vu.
 
Mon père fronce les sourcils ce qui veut clairement dire qu'il ne sent pas bien ce qui suit. Parce que travailler sur la délinquance c'est se mélanger avec les délinquants, et je sais que l'idée que ça soit moi qui m'y colle, ça ne lui plait pas vraiment.
 
_Et toi Gemma ?
_Je voudrais travailler sur les femmes, annonce-t-elle fièrement.
 
Et ça ne surprend personne alors mon père reporte son attention vers moi. Je le vois dans son regard qu'il s'interroge si ça vaut la peine de continuer sur le sujet.
 
_Je n'ai pas encore d'idée précise.
_Ne vas pas dans les mauvais quartiers.
_On vit à Chicago, plus de la moitié de la ville est mal fréquentée.
_Il t'en reste toujours une petite moitié, plaisante mon père.
 
Je ne réponds pas et je continue de manger. De toute façon, débattre avec lui, ça n'en vaut pas la peine parce que je sais très bien ce qu'il en pense : de la sociologie, de mes projets et surtout de sa peur de sortir de la normalité. Mon père a des millions de dollars dans les poches, la moitié de la ville à ses pieds mais il reste toujours terrorisé de ce que les autres peuvent penser de lui et sa famille. Ce qu'on est, Gemma et moi, il en fait sa réussite personnelle. Et ça va faire des années que je ne peux pas m'empêcher de penser qu'après tout, ça ne le regarde pas.
 
_Harry, tu fais attention, Il reprend. Et tu me regardes quand je te parle.
 
Je relève les yeux vers lui.
 
_Désolé
_Tu n'as vraiment aucune idée de ce que tu comptes étudier ?
 
Je fais « non » de la tête même si je sens mon c½ur s'emballer. Bien-sûr que si j'ai une idée. C'est même cette idée qui m'a motivé à intégrer cette filière au final, à déménager à Chicago aussi. J'ai envie d'étudier la communauté homosexuelle. Celle d'ici est la première à avoir provoqué autant d'émeutes et elle est à l'origine de la première gaypride. Et personne au grand personne ne les a encore jamais étudié. Jamais regardé. Jamais écouté. Ça n'a clairement aucun sens d'ailleurs pour des gens qui prétendent briser des murs. Peut-être que c'est juste que ça n'intéresse personne ? Ou qu'ils se sont tous mis d'accord pour que ce genre de mur reste bien en place ? Pour tout dire, je n'en sais rien mais moi je sais que ce mur là, j'ai envie de le briser. J'ai envie de le pulvériser.
Parce que je sais que ce sujet là, il va pouvoir me donner un nom.
 
 
*

       Octobre 1978.
 
 
Je porte ma bière à mes lèvres. Ça va faire plus de deux heures que je suis dans ce bar gay et pour ne pas me faire virer, j'ai bien dû en commander trois. Je n'ai pas l'habitude de l'alcool et je me demande littéralement ce que je suis en train de faire et pourquoi je le fais. Je n'ai aucune idée de pourquoi j'ai bu autant. J'aurais dû boire plus lentement. Boire moins aussi. Je suis probablement le pire sociologue de toute la terre. L'homme en face de moi me sourit et je me relève précipitamment. Depuis que je suis arrivé, il n'arrête pas de me regarder et je me sens vraiment mal-à-l'aise. J'ai l'impression d'être un morceau de viande. Je regarde ma montre en cuir, le cadran affiche qu'il est 2h13 du matin. Il n'y a plus aucun métro à présent et il faut absolument que je trouve une cabine téléphonique pour appeler un taxi. J'avais prévu de rester toute la nuit dans le quartier pour observer une soirée type mais, finalement, je crois que je ne vais pas tenir. Je sors précipitamment du bar et me dirige vers la première rue que je trouve.
 
Dire que personne ne sait que je suis ici. Si je me fais agresser, personne ne saura jamais ce qu'il m'est arrivé. J'avance dans une ruelle. Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Ça me semble stupide parce qu'à la base, je cherche un moyen de rentrer et que là je suis sûr que je m'enfonce dans la partie du quartier qui craint le plus, mais je continue d'avancer. C'est le gêne du sociologue, ou peut-être de l'insouciant, je n'en sais rien. J'ai l'impression de rentrer un peu dans leur univers et je ne sais pas si c'est l'alcool ou l'adrénaline mais ça me fait sourire. Entre les grands immeubles, j'ai l'impression que plus personne ne me voit et ça me fait du bien. D'être loin de tous les regards et de pouvoir voir ce qu'ils voient tous les jours, eux, pour le coup.
 
Je m'assois sur les escaliers d'un immeuble et je regarde la route déserte devant moi. Je devrais rentrer. La rue est calme et ma tête joyeuse. Je devrais rentrer mais je n'en ai plus envie.
 

Une voiture se gare devant moi et je la regarde avec attention. Comme si elle me rattachait soudainement au réel et que mon inconscient me criait de rester sur mes gardes. Mais je ne l'écoute pas. Ces derniers temps il faut dire que je ne l'écoute jamais.

J'observe le jeune homme qui sort de la voiture. Il porte une veste en cuir qu'il a remonté sur ses manches et son jean noir est troué au niveau du genoux. Ses converses ont l'air d'avoir plutôt mal vécu aussi. Il se retourne vers moi et croise mon regard. Je ne sais pas si c'est l'alcool ou lui, mais il a les yeux les plus bleus que je n'ai jamais vu.
 
Il s'approche vers moi l'air de se demander ce que je fous là, assis sur des escaliers à le regarder. La question est bonne mais la réponse inexistante. Je n'en ai aucune idée. Je détourne le regard mais il se poste devant moi.
 
_Qu'est qu'un bourgeois dans ton genre vient faire ici ? Me demande-t-il d'une voix légèrement amusée.

Et comme je ne réponds pas, il enchaîne :

_Il faut croire que cette fameuse tare les touche aussi.
_De quoi tu parles ? Je demande confus en relevant mon regard vers lui.
_L'homosexualité... Celle que vous détestez tellement.
_Je ne suis pas gay, je l'avertis de suite.
_Moi non plus.
 
Il s'assoit à côté de moi et sort une cigarette qu'il coince entre ses lèvres pour l'allumer. Il a les cheveux en désordre et la barbe naissante, mais ses traits sont si fins qu'il ressemble encore à un petit garçon. Et sans comprendre comment, ni pourquoi, je reste fixé sur son visage. Je n'arrive pas à détourner le regard. Je n'ai aucune idée de qui est ce mec mais il a cette aura autour de lui, cette classe, que je n'arrive même pas à m'inquiéter. Il sent bon aussi et sa gestuelle, son calme, son sourire, je l'aime bien.
 
_Nouveau dans le quartier ? Il me demande en soufflant sa fumée dans les airs.
_J'ai emménagé en août.
_Pas à Boytown je suppose. C'est la première fois que je te vois ici.
_Parce que tu connais tout le quartier ?
_Plus ou moins, il me répond un demi-sourire aux lèvres.
_J'habite dans le centre.
_Bourgeois, il conclut.
_Mon père. Pas moi.
 
Et je me sens gêné d'avoir voulu préciser ça, parce que la richesse de mon paternel, j'en profite tout autant que lui, et je vois très bien que c'est ce que ce gars me reproche quand je croise son regard.
 
_Pourquoi tu traînes ici si tu n'es pas gay ?
_J'étudie, je réponds honnêtement, Je suis étudiant.
_Tu nous étudies ? Il rigole.
 
Je n'ose pas répondre parce que je ne sais pas si ça le choque ou si ça lui fait plaisir mais vu qu'il n'est toujours pas parti et qu'il continue de fumer tranquillement à mes côtés, je suppose que ça ne le dérange pas tant que ça.
 
_Tout s'étudie en sociologie, je lui fais remarquer mal-à-l'aise.
_Et ça te sert à quoi au juste ? Tu en fais quoi après de tes résultats ?
_Je les publie pour que les gens normaux les lisent.
_« Les gens normaux », il relève.
_Les gens qui ne sont pas du milieu étudié, je corrige.
_Et ça les intéresse vraiment de savoir qui on est nous ?
_Non pas vraiment, mon but c'est de les intéresser.
_Et du coup toi, l'intellectuel de beau quartier, tu penses que tu vas réussir à les faire réagir là où nous, habitants de Boytown, essayons de le faire depuis des années sans succès ?
_Je fais juste entendre votre voix mais oui, je pense qu'avec moi, ils peuvent vous entendre.
_Faut-il déjà qu'ils veulent nous écouter.
 
Je continue de le regarder fumer sans rien dire parce qu'il n'a pas vraiment tort non plus. Que ce soit moi ou eux, personne n'a envie d'entendre parler d'homosexualité. Parce que c'est trop proche et loin des gens en même temps, et que ça fait peur. Je me demande ce qu'il en pense lui d'ailleurs. Du fait d'aimer un autre homme. Et comme on est calme tous les deux, je me dis que c'est peut-être le moment rêvé pour faire ma première interview.
 
_Je peux te poser des questions ?
_Je dois repartir bientôt, il me répond assez froidement.
_Ah oui désolé, je dois rentrer chez moi moi aussi.
_Si tu veux un taxi, ils sont tous près du métro.
_Merci.
 
Je baisse la tête et je n'ose plus vraiment le regarder. C'était plutôt violent comme refus et, d'ailleurs, c'était mon premier. Alors le temps passe et je le laisse fumer à côté de moi sans rien dire. Sa présence me fait du bien mais son silence par contre, il me frustre.
Je sens une main se poser sur mon genou et je me retourne surpris vers lui.
 
_Demain soir, tu peux revenir ? Il me demande.
_Euh oui je pense.
_Alors on peut se voir demain soir.
_Ok.
 
Une voiture arrive devant nous et le garçon se lève. Il écrase sa cigarette et va rejoindre la portière.
 
_Attends. Je te retrouve comment ? Tu as une adresse, un nom ? Je commence à énumérer.
_Je m'appelle Louis, il me répond avec un léger sourire.
_Et je te retrouve-
_Louis. Demande à n'importe qui, on saura où me trouver.
 
Et sans me laisser le temps d'ajouter un mot, je le vois s'engouffrer dans la voiture.  


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